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I. L’époque d’Amos et la nôtre

Tout d’abord, il convient de préciser le contexte historique, géographique, politique, social, religieux et moral dans lequel a vécu Amos (VIIIe siècle av. J.-C.), puis de le comparer au nôtre aujourd’hui (XXIe siècle apr. J.-C.).

1.  Le souverain du royaume du Nord de l’époque, Jéroboam II (780-750 av. J.-C.), était florissant: il avait réussi à reconquérir des territoires perdus par ses prédécesseurs, il semblait puissant et riche, et son époque peut être qualifiée de «haute conjoncture économique».

D’un côté, nous pourrions presque dire: comme le XXIe siècle apr. J.-C. en Occident, où nous vivons une situation politique relativement stable (tout en étant conscients de ses fragilités, cf. les problèmes des banlieues ou les «manifs» ou grèves à répétition, par exemple), où ça ne va pas trop mal pour une bonne partie de la population, où la Bourse est florissante, où des gens peuvent se payer le luxe d’aller faire du tourisme dans l’espace ou bien «simplement» des vacances aux Seychelles, entre autres!

2.  Mais, par ailleurs, à côté des nantis, des dirigeants politiques, économiques et religieux, il y avait toute une frange de la population qui était pauvre, exploitée et même opprimée de la part de la classe dirigeante, au VIIIe siècle av. J.-C. (Am 3.9b, 4.1a, 5.12b). Oui, il y avait des gens qui devaient se vendre «pour une paire de sandales» (2.6b) (donc pour des broutilles), qui n’avaient même pas de quoi se couvrir la nuit (2.8a), qui étaient carrément réduits à l’esclavage parce qu’ils n’avaient pas pu payer leurs dettes (8.6), des personnes qui étaient victimes de la magouille ou de la malhonnêteté dans le commerce (8.5), des gens qu’on piétinait comme des moins que rien dans des parodies de procès (2.7b, 5.12b), et qu’on était même en train d’anéantir et de supprimer complètement (8.4). Tout ceci n’est pas de l’exagération, puisque le livre d’Amos nous décrit concrètement ces différents phénomènes.

N’y a-t-il pas de nos jours, en ce début du XXIe siècle, aussi toute une frange de la population qui vit dans la misère (plus de 1 million de personnes en France vivant en dessous de ce qu’on appelle le «seuil de la pauvreté»), qui est victime de la publicité mensongère de certaines multinationales, par exemple des gens surendettés, ou qui doivent vivre dans des appartements de misère à Paris ou ailleurs, ou aussi des victimes d’injustices dans les tribunaux (je pourrais vous citer quelques cas précis rencontrés dans mon ministère d’aumônier de prisons à Montbéliard et Lure; ou ces fameuses victimes innocentées au deuxième procès de l’«affaire d’Outreau»)?

Et ceci sans parler de ce qui se passe ailleurs dans notre monde: 300 000 personnes mourant chaque mois du sida en Afrique, l’équivalent des victimes du tsunami de décembre 2004 tous les mois! Plus de 1,2 milliard de personnes survivant avec moins de 1 dollar par jour, 840 millions de personnes souffrant toujours de la faim, 115 millions d’enfants dans le monde n’ayant pas accès à l’école primaire, plus de 500 000 femmes mourant en couches ou en cours de grossesse chaque année, 100 millions de personnes à travers le monde vivant dans des taudis, 25 000 enfants mourant chaque jour de faim (oui, vous avez bien compris, chaque jour)! (Chiffres relatés par le Défi Michée.)

3.  Quant à l’aspect religieux et moral du VIIIe siècle av. J.-C., d’un côté la religion «battait son plein», pourrait-on dire, car les Israélites étaient très pieux, avec leurs sacrifices, leurs chants, leurs pèlerinages (5.4-6, 21-23, 6.5, 8.5a) et, de l’autre, ils étaient aussi très syncrétistes, puisque, en même temps, ils adoraient des idoles et diverses divinités ambiantes (2.7b-8, 4.1b, 5.26). Finalement, cette religiosité était hypocrite, puisque la morale n’était pas au rendez-vous à l’époque d’Amos: nonchalance et orgies (4.1a, 6.4, 6), beuveries (2.8b, 4.1b), et même immoralité sexuelle (2.7b).

Un peu comme de nos jours, où nos contemporains sont finalement assez religieux quand même (je dis «quand même», ceci à cause de ce qu’on appelle la sécularisation et la recherche du profit et du plaisir); il n’y a qu’à aller par exemple dans les rayons de librairie de nos grandes surfaces pour voir quelle place tiennent les livres sur l’ésotérisme, le bien-être, la recherche du sens de l’existence, les diverses religions ou les nombreuses sectes. Et, parallèlement, certaines de ces mêmes personnes vont à l’Eglise pour se faire baptiser, se marier ou se faire enterrer.

Quant à la décadence morale de notre temps, elle a sans doute rarement été aussi criante, et ceci dans tous les domaines de la vie relationnelle ou familiale.

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